Les Insurrections Singulières

Les Insurrections singulières, de Jeanne Benameur
Note d’intention pour une lecture théâtralisée du roman.

« Je voudrais prendre le temps de demander à tous ceux que j’ai vu ici : « C’était quoi votre rêve quand vous étiez môme ?» juste pour savoir. Pour entendre de belles choses. Parce que je suis sûr que des rêves, ils en avaient Il n’y a pas que moi, bon Dieu. C’est pas parce qu’on fait des gestes simples, toujours les mêmes, que dans la tête il ne se passe pas des choses complexes. »
Les Insurrections singulières, p.84

 

 

Les Insurrections singulières, un parcours de lutte :
Une insurrection est un soulèvement qui vise à renverser le pouvoir établi.
On pourrait penser à quelque chose de collectif, mais dans le titre, « singulière » au pluriel
fait basculer notre point de vue. Ce qui est singulier n’est pas collectif, c’est particulier, c’est même « différent » si on va plus loin.
La force de ce roman, en tout cas celle que j’ai envie de porter, c’est son humanité. Son point de départ ? Des cafés de parole où l’écrivaine Jeanne Benameur rencontre des ouvriers autour de cette vaste question : qu’est ce qu’est le travail aujourd’hui ?
A la suite de ces cafés, s’en suive des échanges sur le travail, des confidences d’ouvriers dont l’Usine allait être délocalisée. L’auteure a décidé finalement de poursuivre cette aventure, comme pour rendre hommage à ces échanges ; en imaginant le voyage d’un des ouvriers au Brésil, point de chute de la délocalisation.
C’est humain, actuel, réel.
L’auteure nous fait voyager au cœur de la vie d’Antoine, un ouvrier en RTT forcées à cause de la fermeture de son usine. « LUSINE », comme il l’appelle, fait vivre tout le monde dans les alentours, sa délocalisation vient tout bouleverser.
Antoine, au début du roman est un personnage en double rupture, professionnelle et sentimentale. Il revient chez ses parents, temporairement, le temps de se reconstruire.
Du temps, il en a, c’est justement ça qui lui pose problème, plus de « temps libre » ça laisse tout le temps de penser.
Il se retrouve seul, lui qui a toujours fait partie d’un groupe. Un groupe d’ouvrier, un groupe destiné à la lutte parce que finalement, lutte et ouvrière sont deux mots qui vont ensemble, comme la tasse et le café.
Alors nous suivons ce personnage dans ces questionnements, comme si le fait de revenir vivre chez ses parents lui permettait de se rapprocher de ses rêves d’enfants. Et petit à petit il se découvre, nous sommes témoin de son cheminement intérieur, de son soulèvement par rapport à tous les schémas établis. C’est une exploration de ce qu’il y a de plus obscur en nous, pour en faire jaillir la lumière, sur la nécessité de ce voyage intérieur pour vivre sa vie, et non celle qui nous est imposée par les événements ou notre milieu social.

Proposition d’adaptation à la scène, la récitation ou la lecture à voix haute pour ouvrir le
débat
Ce qui m’intéresse et me touche dans ce texte c’est le rapport à la lutte. Pour se révolter il faudrait un élément déclencheur, là c’est un parcours de vie, comme si la lutte y était inscrite depuis le début avec un père ouvrier et un fils qui « fait l’ouvrier ».
Antoine nous confie sa révolte, ses questionnements, ses rêves.
Je désire porter la parole de ce personnage en tant que femme car son parcours, son cheminement, me paraissent dépasser les questions de genre. Je voudrais porter sa parole comme un messager, parce qu’en tant qu’interprète ce personnage de fiction me touche démesurément et me paraît être un excellent guide de voyage intérieur pour les spectateurs. Il questionne notre cheminement intérieur par rapport à la révolte. Ce qui fait qu’un jour où l’autre fatalement, nous nous soulèverons, contre quoi ? A nous de le décider !
Ce texte amène donc au débat, il se prête à la confidence, c’est pourquoi je désire le partager face à des petites jauges en prévoyant dans la mesure du possible, un temps d’échange à la suite.

 

Mise en espace : Noémie Constant

Jeu : Isabelle Ayache